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José HUBERT, actualité et réflexions
14 mai 2026

On ne part pas

C’était le temps…

On ne part pas

 

Il y a plus de septante ans —

mais je n’ai pas vérifié

chez les plus vieux dernièrement.

C’est certain : tout évolue,

rien n’est plus évident.

 

Et c’était dans mon village,

que certains, venus de la ville,

appelaient un trou hors du temps.

 

C’était le temps de l’absence,

du subjonctif présent,

du souhaité, de l’incertain,

et surtout du craint,

du subordonné.

 

C’était le temps

d’un langage au présent.

C’était le temps où le point,

vieux français ancré à la frontière,

s’affirmait à la place du pas.

 

Je ne le veux point :

c’était mon chemin.

 

Pendant que mon père, ouvrier,

défendait les droits de sa classe —

pas le choix,

à coups de poings.

 

Les uns et les autres

étaient montrés du doigt.

C’était la présence de la non‑absence,

le vécu du travail au quotidien.

 

Pas vu l’horizon

au‑delà de la mer,

mais bien ressenti

celui des bras de ma mère.

 

La vie, ce n’était pas le passé —

nostalgique de quoi

aurait‑elle été ?

 

Au présent, c’était couché,

assis, ou debout,

et marchant, pas après pas,

en allant de l’avant,

pas le choix.

 

On ne connaissait pas Rimbaud.

Sans le savoir, on appliquait son

« On ne part pas ».

Et chaque dimanche,

on attendait les nouvelles

des colombophiles.

« Les convoyeurs attendent. »

 

Les pigeons se faisaient pigeonner,

mais quelque chose de plus fort

les ramenait toujours à la maison.

 

On ne part pas.

 

Texte et photos © José Hubert, On ne part pas.

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