Ils n’ont pas lu Rimbaud
Elle les a vus,
ils couraient dans tous les sens,
comme des spermatozoïdes égarés
cherchant la sortie,
cherchant un destin.
Ils se précipitaient vers l’océan,
l’océan de l’amour à tout prix,
celui où l’on plonge
comme dans un mirage,
assoiffés de reconnaissance.
D’autres, plus sombres,
mendiaient dans des rues glauques,
là où les pas résonnent creux
et où les regards s’effacent
comme des ombres sans mémoire.
Ils n’ont pas lu Rimbaud,
ni son « On ne part pas »,
ce murmure d’adolescent visionnaire
qui savait déjà
qu’on ne quitte jamais vraiment
le premier souffle d’air libre.
Nostalgiques du cordon ombilical,
de la lente circulation des ondes,
des vibrations primitives de l’amour,
ils confondent encore — et en corps —
confusion, effusion, passion,
amour maternel, fraternel, familial,
ces appétences gourmandes
qui comblent nos failles.
Et face au danger,
quand la peur se dresse
comme un orage de feu,
ne crieront‑ils pas,
soldats redevenus enfants,
dans une ultime expiration :
« Maman » ?
Texte © José Hubert