Le BOUBIER

Se remémorer le passé pour éclairer notre Pays Noir personnel…

Le BOUBIER, un ancien charbonnage, un terril, des bâtiments, un espace étonnant qui, au départ, était à disposition des mineurs dont de nombreux Italiens ayant émigré vers Charleroi.

Le BOUBIER.

C’est plus que quelques traces ; aujourd’hui, des vestiges – dressés fièrement, debout – une masse imposante, un Everest mystérieux, devenu vert avec le temps montrant dans le ciel, en bord de Sambre, ce que devait être les racines profondes de ce charbonnage du même nom.

L'ensemble nous replonge dans un passé abrutissant, pas si lointain que cela.

Tout d’abord, le BÂTIMENT principal.

A l’époque, c’était le grand vestiaire avec la salle des pendus qui servait aux mineurs pour se préparer avant de descendre au fond et, la journée de travail terminée, pour se libérer de leur habit encrassé avant de rentrer dans leur foyer.

C’était l’immense espace avec des douches qui, en rafraichissant ces hommes pliés en deux, les redressaient quelque peu au terme de la remontée en détendant leur fière musculature, les blanchissaient en les décapant de la poussière de charbon et de la silice tenace, malheureusement sans pouvoir libérer des poumons fragilisés.

Et le TERRIL, aujourd’hui, véritable Waterloo boisé, qui se dresse fièrement dans son environnement immédiat où, sur la route qui longe la Sambre et ses abords, la grisaille des traces du poids d’un passé harassant s’efface difficilement.

C’est l’immense masse de terre et de stériles, remuée pour trouver un peu de charbon, remontée en surface qui a donné naissance à ce mont vivant, actuellement, si fier du passé, dans son nouveau costume déteint du noir triste au vert de l’espoir. Il s’en échappe encore par temps grisâtre des volutes d’une sudation profuse.

« Toi le mineur enterré dans l’obscurité, la nuit en plein jour, pour lequel mon père, bucheron, les yeux rassurés par la lumière du ciel gris ou bleu, avait une admiration sans limite, tu gagnais ton pain à la sueur de ton front…  C’était ton travail, ta mission ! Mais étais-tu conscient que d’autres en profitaient plus que toi ? T’avait-on prévenu que tu en mourrais beaucoup plus tôt, le souffle court, courant après lui-même, s’essoufflant jour après jour, recrachant ce charbon, or noir pour certains, poison pour toi, toussant tes poumons, les muscles tendus ? »

Dans ce lieu chargé d’histoire, de poussière de charbon, de sueurs profuses, de larmes sans doute, n’y a-t-il pas prétexte de temps en temps à une réflexion profonde, pleine d'humanité dans le fol espoir de savoir – illusion des illusions : « D’où je viens ? » « Où j’en suis ? » « Vers où je vais ? », à l’image des pensées extrêmes de ces fiers Italiens ayant tout quitté pour venir travailler « chez nous », et qui ont accepté d'ouvrir les portes de leurs appréhensions du futur, voire de leur peur de l’inconnu – comme dans tout ce qui précède un bouleversement de vie, cette phase d’interrogation colorée d’anxiété, au minimum d’inquiétude souterraine.